Col de la Morte, col d’Ornon, col du Glandon
Ou comment une banale traversée de Chartreuse peut se transformer en une sortie épique en Taillefer et Oisans…
J’aurais dû me douter que pour une première sortie à vélo avec Matthieu, il fallait me préparer à une longue boucle. Et pour cause : c’est un cycliste très endurant, auteur de magnifiques périples comme Grenoble-Bratislava en 10 jours et Nice-Grenoble en 1 jour. Cela donne une petite idée de ses capacités !
Ce samedi 13 mai, nous nous sommes donc donné rendez-vous à la Porte de France pour un petit tour en Chartreuse, avec au programme : col de Porte par Clémencières, col du Coq, balcons Est de Chartreuse, col du Granier, col du Cucheron, et col de Porte. Mais lorsque j’arrive à la Porte de France, Matthieu craint avoir mal remonté sa cassette et veut retourner chez lui à Echirolles pour changer de vélo. Après avoir atteint Echirolles par les berges, il échange sont vélo de course de 9 kg contre son ancien vélo de 13.5 kg.
Il est 10h00. Nous sommes l’autre côté de Grenoble, et nous sommes peu motivés pour retourner à la Porte de France. Autant partir de l’autre côté, vers le Taillefer et l’Oisans ! Rapidement, nous imaginons une boucle par le col de la Morte, le col d’Ornon et le retour par la vallée de la Romanche.
Il se met à pleuvoir après Vizille, mais pas de quoi nous décourager. A Séchilienne, la pluie se transforme en bruine au début de la montée du col de la Morte.
La montée à La Morte dans la forêt est longue, et le brouillard rend l’atmosphère très particulière. Au col, la vallée de la Roizonne est dégagée, et l’on aperçoit même le soleil tout au fond, du côté de la Mure.

Nous profitons d’une belle éclaircie pour nous arrêter manger du côté d’Oris-en-Rattier, où je suis déjà passé à véloski cette année.


La suite se passe sous le soleil et les températures agréables. Nous dépassons Siévoz, Valbonnais, Entraigues et le Périer avant de gravir le col d’Ornon, peu pentu par ce côté. A Bourg d’Oisans, une petite halte dans une boulangerie de Bourg d’Oisans s’impose !




Trois baguettes plus tard, Matthieu me propose de monter au col de la Croix de Fer. Je regarde les sommets, le beau temps n’est pas vraiment au rendez-vous…
Dans ces circonstances, une remontée à la Croix de Fer est le genre de défi insensé qui ne peut pas être prévu à l’avance. C’est ainsi que j’accepte de le relever, malgré la pluie qui recommence…


Au Rivier d’Allemont, il pleut des cordes. La fromagerie est ouverte, et nous en profitons donc pour faire une pause gastronomique. La fromagère, ébahie, s’attendait certainement à tout sauf à voir débarquer à 17h00 deux cyclistes en train de monter au col par ce temps exécrable…

Que fait-on ? On redescend ? On continue ? Peut-être pour la singularité du défi et parce que nous avons tous deux l’habitude d’aller jusqu’au bout des défis que nous nous lançons, nous décidons de continuer.


La petite descente après le Rivier donne un aperçu de ce que sera la descente complète du col. Mes vêtements sont trempés, il fait froid et il pleut toujours… Heureusement, la pente se redresse vite, et le froid se fait moins sentir à la montée.
Au barrage de Grand Maison, nous nous posons une nouvelle fois la question. On continue ? Encore une fois, malgré les conditions difficiles, nous sommes trop près du but pour renoncer maintenant. Contrairement au ski de randonnée, à vélo il n’y a pas de critère nivologique à prendre en compte. Nous sommes sur une route, il suffit de la suivre. Les seuls paramètres restent les conditions météo et les sensations. Il n’y a pas d’orage, mais juste des précipitations. Nous avons froid et la descente sera rude, mais le défi est concevable. Nous continuons.


Peu après, la pluie se transforme en neige. Des gros flocons. Je pense même faire demi tour 2km avant le col du Glandon en pensant au calvaire de la descente qui s’annonce la plus rude que j’ai connu à vélo…


Nous n’irons pas jusqu’à la Croix de Fer. Le col du Glandon sera bien suffisant pour aujourd’hui… Quelques photos, papier journal sous les habits, et nous voici lancés dans la descente.



J’ai très froid. Je respire bruyamment, et j’ai mes muscles raidis tentent vainement de produire de la chaleur. Je m’arrête de temps en temps pour réchauffer mes mains à travers mes gants trempés.

Le Rivier d’Allemont. La remontée au village m’a un peu réchauffé. Mais en pensant à la descente, j’envisage presque de dormir dans le gîte du village et de rentrer à Grenoble le lendemain… Mais évidemment, j’ai dépensé tout mon argent en pain et fromage.
Allemont. La descente a été fraîche mais pas tant pire. Je suis toujours trempé, et désormais il fait nuit noire.
Rochetaillée. Je n’en peux plus. Je dépose les armes. La sortie se finira pour moi en stop. Je ne me voyais pas descendre la vallée de la Romanche avec mes habits trempés et les muscles tétanisés par le froid. Par ailleurs, je n’ai pas d’éclairage. Matthieu a lui toute la panoplie du cycliste prévoyant : pantalon et veste imperméables, sur-chaussures et éclairage. Il n’est pas aussi trempé que moi et a moins froid, ce qui lui permettra de rentrer chez lui à vélo.
Avec le recul, il eut évidemment été plus raisonnable de ne pas tenter la montée à la Croix de Fer ce soir là. Une sage montée au Luitel puis à Chamrousse nous aurait permis d’effectuer le même dénivelé, sans que nous n’ayons à pédaler sous la neige.
Au bout du compte, ce fut pour moi une virée de près de 210 km, réalisée par des conditions difficiles. Le compteur de Matthieu, qui a descendu la Romanche, approche lui les 250 km. Une très belle sortie que je recommencerai sans doute. Par beau temps chaud et ensoleillé.
Une chose est sûre : c’était bel et bien le jeudi de l’ascension ! Enfin, des ascensions…
Voir aussi : l’article de Matthieu sur son blog.

Vous m’avez tendu une perche…
Ils sont complètement fous ces gaulois!
Et Nico tu aurais pu m’appeler… je serai venu vous sortir de cette galère!
Allez chapeau bas Messieurs.